
J’étouffais un ricanement à ces mots et enfoui
mon visage dans son cou, respirant l’odeur de miel de ses
longues boucles blondes.
J’avais tellement besoin à cette époque de
m’échapper du monde, de la réalité et
des responsabilités qu’elle incombait.
M’échapper par n’importe quel moyen, à
n’importe quel prix. Et parfois au prix de faire souffrir
ceux que j’avais pu aimer. Ceux qui avaient mis toute leur énergie
à me comprendre, à m’apprivoiser. Et je
m’échappais en quelques secondes de leur emprise,
qu’importe leur douleur, leur peine. J’étais le
roi des égoïstes, c’est vrai. J’agissais
sans réfléchir une seconde sur la portée de
mes actes. J’agissais et j’en subissais les affres
après. Mais on pouvait aisément me pardonner, je
n’étais qu’un gamin après tout. Un gamin
inconscient et égoïste. Qui n’avait pas la
moindre idée de ce qui pouvait l’attendre dans ce
monde qui lui tendait les bras, mais qui pourtant s’y jetait
le regard fier et impétueux.
Inconscient. Idiot... Petit
crétin.

Je plongeais à nouveau mon regard sur le visage fin de la
jeune femme, prenant un plaisir troublant à me noyer dans
l’océan de ses yeux.